Introduction : la tension savoirs-pouvoirs à l’épreuve du gouvernement par les indicateurs de performance

Introduction : la tension savoirs-pouvoirs à l’épreuve du gouvernement par les indicateurs de performance

Philippe Bezes, Ève Chiapello, Pierre Desmarez, Introduction : la tension savoirs-pouvoirs à l’épreuve du gouvernement par les indicateurs de performance, Sociologie du travail, Vol. 58 - n°4 (octobre-décembre 2016).
The Tension between Knowledge and Power through Government by Performance Indicators. Introduction to the Symposium


Résumé

Aussi bien dans les États qu’au niveau international, il est devenu courant de s’appuyer sur des indicateurs pour fixer des objectifs quantifiés et évaluer l’évolution de l’action publique et des fonctionnements administratifs. La recherche en sciences sociales qui traite du développement des indicateurs de performance est abondante et relève de traditions intellectuelles variées. Beaucoup assimilent ce mouvement à une composante du tournant néo-libéral et à une manifestation du New Public Management. Ce dossier explore les tensions entre l’utilisation d’indicateurs et l’exercice du pouvoir, en soulignant l’ambivalence de cette relation, le chiffre étant tantôt craint, tantôt désiré. Trois dimensions interdépendantes sont distinguées pour analyser le gouvernement par les indicateurs : les enjeux de savoir, les logiques de pouvoir et les formes de publicisation qui leur sont associées. Les quatre textes rassemblés portent principalement sur le suivi des résultats de politiques publiques, nationales ou internationales, abordés par des auteurs relevant de plusieurs disciplines. Ils rappellent que l’élaboration d’indicateurs participe de la construction des problèmes publics pris en charge. Ils confirment l’intérêt des analyses qui prennent au sérieux d’une part la fabrication des nombres et les conventions de calcul retenues et, d’autre part, les dispositifs de gouvernement dans lesquels ils s’inscrivent. Enfin, ils montrent que le gouvernement par les indicateurs débouche sur des formes nouvelles de bureaucratisation.

Mots clés : Benchmarking ; Gouvernement par les nombres ; Indicateurs ; Management par la performance ; Mesure ; Politique publique ; Quantification ; Savoir/Pouvoir


Abstract

At national as well as at international level, it has become frequent to use indicators to set quantified goals and to monitor the evolution of public policies and bureaucracies. Social science research dealing with the development of performance measures is extensive and related to various intellectual traditions. Many consider this movement as a component of the neo-liberal turn and as an expression of the New Public Management. This symposium explores the tensions between the use of indicators and the exercise of power, underlining the ambivalence of this relationship, figures being both feared and desired. Three interdependent dimensions are differentiated to analyse the government by numbers : the challenges of knowledge, the logic of power and the types of publicisation that are linked to them. The four collected papers mainly deal with questions related to the monitoring of the results of public policies, discussed by authors belonging to various disciplines. They remind us that the definition of indicators plays a role in the manufacturing of political problems. They confirm how important it is to analyse in depth the way numbers are created and computed as well as the management and government devices in which they are embedded. Finally, they show that the government by indicators often triggers new forms of bureaucratisation.

Keywords : Benchmarking ; Governing by Numbers ; Indicators ; Measurement ; Performance Management ; Power/Knowledge ; Public Policy ; Quantification