Déploiement d’un territoire artistique subsaharien à Bruxelles : les négociations d’une visibilité urbaine

- chercheure : Véronique Clette-Gakuba
- Promoteure : Nouria Ouali
- Commanditaire : Innoviris
- 2014-2018

- Résumé du projet :

L’invisibilité dans les statistiques de l’emploi de la population subsaharienne en Belgique contraste avec l’intensité des échanges économiques et culturels mis en exergue par plusieurs études portant sur les activités de ces communautés. La pratique artistique compte parmi les activités les plus manifestes faisant l’objet d’un investissement professionnel de la part de cette population dont les manifestations marquent la ville. Cette pratique apparaît comme étant susceptible de faire valoir un capital culturel élevé le plus souvent non reconnu par les institutions belges régulant le marché de l’emploi. Dans ce contexte, ce projet propose d’explorer la constitution d’un milieu artistique qui se développe majoritairement à la marge des intermédiaires classiques de l’art et des filières scolaires. Nous partirons d’un terrain de recherche circonscrit à trois disciplines (la danse, la musique et la littérature) qui ont en commun d’évoluer autour de lieux concentrant une diversité d’activités urbaines (divertissements, cérémonies, activités associatives, etc.). L’hypothèse générale de ce projet affirme que ce milieu, bien que segmenté, forme un territoire d’activités dans la ville, un territoire fait de re-connaissances réciproques, de réseaux communs d’activités et d’inscriptions spatiales. L’objectif de ce projet est de le rendre visible dans toute sa complexité.

Dans la méthodologie proposée, la ville (en tant que territoire d’expérimentation) et les trajectoires migratoires (en tant qu’elles mettent à disposition un certain nombre de ressources) constituent des filtres et/ou des catalyseurs. En effet, nous appréhenderons ce milieu artistique sous différents angles. Tout d’abord, nous étudierons les manières dont se construisent des carrières artistiques et professionnelles au regard des contraintes (notamment socio-économiques) et des ressources produites par l’expérience migratoire (tel l’accès à des réseaux internationaux). Ensuite, à partir d’une ethnographie multisite, l’objet de notre analyse se déplacera sur les lieux de la ville qui servent de support à ces activités artistiques. Nous analyserons les productions et les styles artistiques de même que leur inscription dans la ville en faisant apparaître les processus de professionalisation (émergence de compétences, apparition de figures professionnelles, etc.) et les segmentations internes du milieu. Enfin, notre analyse se portera sur les chaînes de coopération, au sens de Beker, en nous focalisant sur les rapports – de négociation, de coopération, de conflit – qu’entretiennent ces groupes d’artistes avec les intermédiaires institutionnels du champ artistique (acteurs publics, associatifs et privés) et du marché du travail (agences de placement, organisme de formation, etc.). Il s’agira, à travers l’analyse des interactions répétées et des ajustements avec ces acteurs institutionnels, d’identifier les formes possibles d’affirmation et de sécurité professionnelles pour ces groupes. Nous verrons dans quelle mesure les différents acteurs institutionnels sont opérateurs de reconnaissance artistique, professionnelle et économique pour ces populations.
Par l’exploration de ces pratiques artistiques qui se développent en milieu urbain, nous chercherons à évaluer l’existence d’un territoire interconnecté d’activités artistiques subsahariennes à Bruxelles.