Les rapports de domination au sein du mouvement des femmes à Bruxelles : critiques et résistances des féministes minoritaires

Les rapports de domination au sein du mouvement des femmes à Bruxelles : critiques et résistances des féministes minoritaires

Nouria Ouali, Les rapports de domination au sein du mouvement des femmes à Bruxelles : critiques et résistances des féministes minoritaires, in Patricia Roux, Hélène Martin (éds) "Imbrication des rapports de pouvoir", Nouvelles Questions Féministes, vol. 34, N°1, Ed. Antipodes, 2015.


À l’appui du Black Feminism et des Postcolonial Studies, les études féministes francophones se sont réorientées vers une analyse des discriminations spécifiques que vivent les femmes selon des marqueurs sociaux tels que leur origine, leur couleur, leur culture, leur classe sociale, leur âge, etc. Dans un contexte professionnel par exemple, en quoi le vécu d’une femme maghrébine confrontée à des discriminations à la fois sexistes et racistes diffère-t-il de celui d’une de ses collègues blanches ? Considérant que les femmes ne constituent pas une catégorie homogène, la recherche féministe vise désormais à prendre en compte les effets d’autres systèmes d’oppression que le genre et à analyser leur imbrication. Le Grand angle de ce numéro est consacré à des recherches empiriques illustrant comment fonctionne l’imbrication des rapports de pouvoir. De tels rapports divisent parfois les femmes, y compris les féministes, ce que montre l’article de Nouria Ouali avec une analyse du racisme imprégnant les discours et l’organisation du mouvement féministe bruxellois. Dans un domaine différent et en France cette fois, Lucile Ruault déplace notre regard sur un autre rapport de pouvoir : l’âge, et montre comment les gynécologues normalisent les parcours de vie des femmes et leur sexualité à l’intersection des rapports sociaux de sexe et d’âge. Le troisième article, de Salima Amari, interroge les liens entre le genre et le lesbianisme et en décline les différentes configurations à partir du rapport que des lesbiennes entretiennent avec leur famille en France. Sa contribution nuance le célèbre postulat de Monique Wittig selon lequel "les lesbiennes ne sont pas des femmes". Avec des données quantitatives recueillies en Suisse, le dernier auteur du Grand angle, Jonathan Fernandez, propose de considérer le spécisme (division hiérarchique entre humains et animaux) comme un système d’oppression fonctionnant selon les mêmes logiques que le sexisme et le racisme. Les quatre articles permettent ainsi de réfléchir aux manières dont les différents rapports de pouvoir se renforcent mutuellement ou, au contraire, comment l’un d’entre eux peut atténuer les effets d’un autre.

Nous avons aussi le plaisir de présenter le Parcours de la sociologue australienne Raewyn Connell, internationalement reconnue depuis ses travaux sur les masculinités. La sociologue revient sur ses expériences d’activiste et d’intellectuelle féministe depuis les années 1970 et permet à notre lectorat francophone de découvrir ses travaux actuels sur la colonialité du savoir.

Enfin, Francis Dupuis-Déri réanalyse le meurtre commis par le philosophe Louis Althusser, qui a assassiné sa compagne, et une association genevoise, Gendering, invite à sortir le genre de l’université (respectivement dans les rubriques Champ libre et Collectifs). Le dernier article est un hommage à Simone Iff, qui a été au centre de toutes les luttes féministes pour le droit à la contraception et à l’avortement en France. Elle est décédée en décembre 2014.


Table des matières

- Édito
• Recherches féministes sur l’imbrication des rapports de pouvoir : une contribution à la décolonisation des savoirs (Hélène Martin et Patricia Roux)
- Grand angle

  • Les rapports de domination au sein du mouvement des femmes à Bruxelles : critiques et résistances des féministes minoritaires (Nouria Ouali)
  • La force de l’âge du sexe faible. Gynécologie médicale et construction d’une vie féminine (Lucile Ruault)
  • Spécisme, sexisme et racisme. Idéologie naturaliste et mécanismes discriminatoires (Jonathan Fernandez)
  • Certaines lesbiennes demeurent des femmes (Salima Amari)
    - Champ libre
  • La banalité du mâle. Louis Althusser a tué sa conjointe, Hélène Rytmann-Legotien, qui voulait le quitter (Francis Dupuis-Déri)
    - Parcours
  • Raewyn Connell, sociologue et militante féministe. Des rivages du Pacifique : politiques du genre et connaissance (entretien réalisé et traduit par Hélène Martin)
    - Comptes rendus
  • Francesca Scrinzi, Genre, migrations et emplois domestiques en France et en Italie : construction de la non-qualification et de l’altérité ethnique (Edmée Ollagnier)
  • Pascale Molinier, Le travail du care (Marianne Modak)
  • Florence Rochefort et Éliane Viennot (éds), L’engagement des hommes pour l’égalité des sexes (XIVe-XXIe siècle) (Martine Chaponnière)
  • Edmée Ollagnier, Femmes et défis pour la formation des adultes (Farinaz Fassa)
  • Simona Cutcan, Subversion ou conformisme ? La différence des sexes dans l’œuvre d’Agota Kristof (Silvia Ricci Lempen)
  • Françoise Thébaud, Les femmes au temps de la guerre de 14 (Ginevra Conti Odorisio)
  • Keiko Kawashima, Émilie du Châtelet et Marie-Anne Lavoisier, Science et genre au XVIIIe siècle (Joy Charnley)
    - Collectifs
  • Gendering : le genre en mouvement (Margot Marchel, Joëlle Rebetez et Irina Inostroza)
    - Hommage
  • Simone Iff : Du protestantisme au féminisme (1924-2014) (Sylvia Duverger)

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