Appel à contributions pour la Revue - Printemps 2015

Thématique :

La décentralisation productive et les formes complexes d’organisation du travail : un défi pour les institutions du travail

- Coordination du numéro : Sara Lafuente Hernández

- Argumentaire :

Depuis les années 1970, le modèle de l’entreprise fordiste intégrée dans une hiérarchie verticale est en déclin. Dans le contexte d’une économie mondialisée et financiarisée, un nouveau scénario privilégiant la flexibilité s’est progressivement mis en place. Engagées dans la course à la compétitivité et à la productivité, les entreprises ont adopté des structures flexibles au moyen de restructurations. Le modèle de la firme pyramidale fordiste subit ainsi un éclatement qui donne lieu à des organisations en réseau et une décentralisation généralisée de l’activité productive au sein de chaînes globales, censées mieux répondre aux nouvelles exigences économiques de la logique dominante du just-in-time et de la lean production. Les organisations complexes résultant de cette fragmentation prennent des formes juridiques diverses (groupe d’entreprise, franchises, joint venture, etc.) tandis qu’elles brouillent les contours de leurs responsabilités juridiques en tant qu’employeur dans le champ des relations de travail.

Qu’il soit perçu en termes de continuité ou au contraire de changement de paradigme par rapport au modèle fordiste, le développement de la sous-traitance et de nouvelles formes complexes d’organisation présente dans tous les cas des enjeux majeurs pour les institutions du droit du travail et les systèmes de relations professionnelles. Celles-ci se trouvent confrontées à un paradoxe apparent. D’une part, elles semblent toujours orientées par un modèle fordiste, pourtant largement dépassé par la réalité économique et sociale (Peskine, 2008). Elles s’avèrent ainsi souvent mal adaptées, voire inefficaces, face aux transformations du capitalisme et aux changements organisationnels des entreprises. D’autre part, lorsque des modifications sont apportées au droit du travail, c’est généralement sous couvert d’une « modernisation » du marché du travail, qui tend à considérer la représentation collective des travailleurs davantage comme un obstacle que comme une solution pour réguler les relations de travail dans les nouveaux contextes organisationnels.

Cet appel à contribution vise donc la problématique des relations salariales dans le contexte du développement de la sous-traitance et des prestations de services. Les structures d’entreprises qui en résultent questionnent les institutions du travail, notamment le droit social, les relations professionnelles, l’action collective, les conditions de santé et de sécurité au travail. En effet, cette réalité économique et sociale soulève nombre de questionnements. Comment réguler les relations de travail dans un contexte où des travailleurs relevant d’entreprises différentes participent à un même processus productif ? Quel est le fonctionnement de ces relations ? Comment identifier l’employeur en tant qu’interlocuteur patronal dans le cadre de relations d’emploi triangulaires superposées aux liens de subordination formels ? Et quelles en sont les implications pour la gestion préventive coordonnée des risques professionnels ? Ou encore, comment penser à l’adaptation des structures syndicales et reconstruire des solidarités au sein de l’entreprise « dispersée », organisée en réseau ?

Ce numéro est ouvert à des contributions multidisciplinaires (sociologie du travail, économie et gestion d’entreprise, droit du travail, sciences politiques) qui proposent d’éclairer le débat sur les enjeux de ces formes complexes d’organisation productive pour les institutions et la régulation du travail.

Les contributions seront acceptées en français ou anglais.

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