Santé au travail et rapports sociaux dans le secteur du nettoyage : le trouble comme discours politique

G. Lebeer, Santé au travail et rapports sociaux dans le secteur du nettoyage :
le trouble comme discours politique in François Aballéa et Arnaud Mias (coordinateurs), Organisation, gestion productive et santé au travail, collection Le travail en débats, Octares Editions, mai 2014.


Si les sociologues précurseurs ont pu s’intéresser à l’impact des conditions de travail sur la santé des salariés et plus particulièrement des ouvriers, force est de reconnaître que la thématique de la santé au travail est restée discrète chez les pères de la sociologie du travail. Certes, ces dernières années au croisement des disciplines sociologiques et psychologiques, une attention nouvelle s’est portée sur les effets morbides de certaines formes d’organisation et de gestion du travail. De nouveaux concepts sont venus renouveler l’analyse : usure professionnelle, souffrance au travail, violence au travail, risques psychosociaux, etc. Pour autant, les interrogations plus traditionnelles de l’impact du travail, des postures, des techniques, des produits, de l’intensification du travail, de la pénibilité physique restent d’actualité. Mais les questions de santé au travail demeurent pour une part un point aveugle des organisations politiques comme des mouvements sociaux quand elles ne sont pas dissoutes purement et simplement dans la thématique « santé-environnement ».

Si la sociologie a quelque chose à dire sur la santé au travail, c’est en resituant les comportements à risque dans la logique du fonctionnement organisationnel et des modes de gestion du travail et en resituant cette logique dans les tendances lourdes de l’évolution des modèles productifs et gestionnaires. Plus encore, elle interroge le sens et la nature du travail aujourd’hui. Si la logique entrepreneuriale, exacerbée dans le capitalisme triomphant, portait en elle le désencastrement de l’économique et du social réduisant le travailleur à un producteur ou à un appendice de la machine et le travail au statut de marchandise, si la logique taylorienne, renforcée par le convoyage, organisait la solitude du salarié dans l’entreprise, l’histoire du travail et des relations professionnelles a montré que la dimension subjective du travailleur n’avait jamais pu être totalement évacuée, l’investissement identitaire du travail totalement mutilée et la dimension communautaire de l’organisation totalement niée, permettant un certain épanouissement, générant des collectifs, activant une certaine solidarité et protégeant par la même les salariés et leur santé. Or, on peut se demander si ce n’est pas aujourd’hui, dans le cadre de la globalisation financière, que les tendances dont étaient porteuses l’entreprise se révèlent dans leur nudité et leur pureté constitutive et que leurs effets sur la santé ne se dévoilent dans toute leur rigueur. Ce qui conduit à s’interroger sur les nouvelles idéologies du travail et de l’entreprise, sur le sens du travail et de la justice.

Sur la base de ces interrogations générales, cet ouvrage, composé de 27 contributions, se propose de faire état des recherches en cours autour de quatre questions :
- l’impact des nouvelles formes d’organisation du travail sur la santé des salariés ;
- l’impact des nouveaux modes de gestion des ressources humaines sur la santé des salariés ;
- la prise en compte de la santé au travail dans les relations professionnelles ;
- les outils de diagnostic et d’analyse de la santé au travail.


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