Les mobilités éprouvantes. Regards sur les pénibilités des déplacements ordinaires.

Christophe Enaux, Pierre Lannoy and Sébastien Lord, Les mobilités éprouvantes. Regards sur les pénibilités des déplacements ordinaires . Tiring mobilities. A perspective on the difficulty of ordinary trips. in Revue Articulo. Tiring mobilities, 7, 2011.
- ARTICULO

- Abstract :
Dans l’excitation intellectuelle liée à l’émergence, dans les sciences sociales, de ce nouveau et riche champ de recherche qu’est l’étude des mobilités quotidiennes, il est un versant de ce phénomène auquel peu de chercheurs se sont intéressés. On a en effet porté peu d’attention aux caractères éprouvants de ces réalités pour celles et ceux qui en sont les acteurs ordinaires. Pourtant, dans un contexte où les formes et les pratiques de mobilité se voient généralisées, les expériences pénibles dans les déplacements elles aussi se multiplient et se diversifient. Dans une première approche, on peut penser que ces pénibilités sont liées à des contraintes de trois ordres. Premièrement, dans la mesure où la très grande majorité des actifs travaille en dehors de leur domicile, leur mobilité est largement contrainte par l’emploi, sa localisation et sa nature. Deuxièmement, les rythmes de l’obligation scolaire constituent une autre dimension très contraignante pour de nombreux ménages, et scandent de manière remarquable la circulation dans les espaces publics. Troisièmement, l’accès spatial aux consommations, entendues au sens large comme usages « libres » de fournitures de services (commerces, services administratifs, loisirs, activités culturelles, tourisme, etc.), est également fortement structuré par les localisations et les temporalités de ces services. Ces différentes contraintes (professionnelles, scolaires et consommatoires) placent d’emblée la mobilité quotidienne sous le signe de la pression, du respect d’horaire, des tensions ou tout au moins de l’exigence d’organisation et de coordination. Les formes des pénibilités liées à ces déplacements peuvent alors se différencier par le lieu où leur épreuve se manifeste concrètement : la sphère domestique, la sphère professionnelle et les espaces publics. Ces territoires apparaissent en effet comme les pôles principaux où s’expriment les contraintes et injonctions de mobilité et où se vivent les épreuves de leur confrontation.
Ce numéro rassemblera une sélection de contributions issues du colloque international « Les mobilités éprouvantes » tenu à l’Université Libre de Bruxelles en mars 2010 à l’initiative du groupe de travail « Mobilités spatiales et fluidité sociale » de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF). Elles s’intéresseront toutes, et selon des perspectives disciplinaires différentes, aux pénibilités des expériences de mobilité, c’est-à-dire aux aspects éprouvants, pour les individus ou pour les groupes auxquels ils appartiennent, des configurations au sein desquelles s’engendrent et s’expérimentent les circulations quotidiennes. Parmi les aspects étudiés, on trouvera les déplacements des adolescents, les pénibilités associées à la fréquentation des espaces de transport, les mobilités contraintes par les structurations socio-spatiales, les institutions (services aux personnes, contrôles routiers, prisons) ou les situations politiques.